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Internaute par défaut ?

ChoiceLors de l’affaire du blocage des publicité par Free directement sur la Box internet, je m’étonnais de l’indignation suscitée par cette option dans la mesure où chacun pouvait choisir ou non de la désactiver, rien n’était obligatoire. Je me suis récemment rendu compte du fait que finalement, la levée de bouclier était justifiée et était liée au « Pouvoir du choix par défaut ». Le problème venait du fait que la valeur par défaut était d’activer le blocage des publicités et que très peu d’utilisateurs modifient les choix par défaut. Dans les faits, cela revenait à bloquer les publicités pour la majorité des utilisateurs.

Comme le soulignent Bruno Patino et Jean-François Fogel dans l’excellent livre « La Condition Numérique » :

« Le paradoxe de la vie numérique c’est que les internautes s’y activent furieusement mais deviennent largement passifs quand il s’agit de changer leur existence. Ils vivent pourtant dans un univers où ils peuvent décider de tout, à chaque instant. Pas un site, pas un réseau qui n’offre des « options » et « préférences » pour permettre à chacun de paramétrer l’affichage sur l’écran, la gestion des données, l’accès aux photos, aux textes, aux vidéos, le traitement du droit de visite des autres internautes et, ultime promesse lancée face au temps, le maintien ou l’effacement de l’historique de l’activité. Le tout, verrouillé par la double serrure de la connexion (nom, mot de passe), a toutes les apparences d’un poste de pilotage d’autant plus inviolable qu’il est largement inutilisé.

Dans un univers de choix infinis, un pouvoir écrasant appartient au choix « par défaut », à celui que le système réalise lorsque l’internaute ne se prononce pas, faute de temps, de compétence ou d’intérêt. La personnalisation d’une page sur Internet, le plus souvent, c’est la seule gestion de son affichage : une image, quelques lignes de présentation de l’internaute et une jonchée de liens qu’il faut rafraîchir sans cesse. Au-delà de ces données de base, tous les éditeurs de site en conviennent, il est important que l’internaute sache qu’il peut prendre la main. Il ne le fait que rarement mais il se sent rasséréné par cette possibilité. »

Pour les mêmes raisons, 42% des utilisateurs des moteurs de recherche cliquent sur le lien en tête de liste et 8% sur le second lien. Combien d’entre nous ont déjà utilisé la recherche avancée de Google ? De même les études tendent à prouver que les sites qui proposent une customisation poussée n’ont pas une meilleure audience que les sites standards, ni même que leur utilisabilité est meilleure.

Pourquoi garde t’on les paramètres par défaut ?

Quatre raisons nous poussent à ne pas changer les paramètres que nous propose le système :

  1. Nous sommes pressés. Souvent la possibilité de fixer les paramètres est offerte à la première connexion au site ou à la création du compte. La raison pour laquelle nous sommes là est la fonctionnalité principale du site que nous sommes avide de découvrir.C’est le syndrome du Next>Next>Next>Next>Yes.
  2. Nous sommes fainéants. Pour changer la valeur proposée il faut se poser la question de la nouvelle valeur à fixer et rejeter explicitement celle par défaut. La tendance naturelle de l’être humain à la procrastination nous incite à garder au moins dans un premier temps et en fait pour toujours le paramètre initial.
  3. Nous faisons confiance au créateur du site et avons tendance à penser que si ce choix a été proposé par défaut, c’est celui qui convient le mieux à la majorité des utilisateurs.
  4. Nous voulons diminuer le coût perçu. Il semble que la valeur par défaut serve de point de référence à partir duquel toute action visant à la changer est perçue comme un coût que nous tentons ensuite de minimiser.

So what… ?

En tant qu’internaute,

il semble donc que la majorité des utilisateurs ne sont pas conscients ou tout au moins n’utilisent pas l’aspect bidirectionnel du web et restent surtout spectateurs. Internet est probablement le premier média qui permette réellement à l’individu de reprendre le pouvoir. D’abord sur ce qu’il voit, qu’il accepte de voir ou pas et aussi en contournant les circuits établis. Kickstarter, my major company, ulule, sont des sites dont nous parlons régulièrement chez Niptech, ils sont les précurseurs de la fameuse « Economie communautaire » où tout est encore à créer.

En tant qu’entrepreneur du web,

il n’est probablement pas utile de proposer dès les premières itérations d’un nouveau service des possibilités avancées de paramétrages. Cela complique inutilement le service et va à l’encontre du fameux Minimum Viable Product. Des pratiques comme « A/B testing » ou « Feature flipping » permettent de mesurer l’impact de plusieurs configurations types pour décider ensuite laquelle est la plus adaptée.

Etes vous un internaute par défaut ou un acteur de votre vie numérique ?

 

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